« 29 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 47-48], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.98, page consultée le 03 mai 2026.
29 janvier [1836], vendredi matin, 10 h.
Bonjour mon cher petit adoré, bonjour. Comment vont tes petits boyaux ? J’en suis
bien en peine sachant que tu t’obstinesa à travailler toutes les nuits, malgré cela. Moi, j’ai dormi
comme un sabot, ce qui ne m’a pas empêchéeb de penser à toi et de t’aimer de toute mon âme.
Je vais
me lever aussitôt que je t’aurai écrit, pour faire mon ménage, mon pot au feu et
pouvoir être prête dans le cas où tu viendrais me chercher. Il fait bien beau.
Manière n’a pas encore envoyé mais il est
encore bien bonne heure. Sais-tu que ta bûche ne s’est pas éteinte le moins du monde
et qu’on l’a retrouvée ce matin tout à fait en feu ! Voilà ce qui fait que nous
brûlons la chandelle par les deux bouts tout en voulant faire des économies.
Mon
cher petit Toto, je t’aime. Je voudrais devenir une grande ACTEUSE, d’abord pour jouer
tous VOS RÔLES, et puis pour gagner beaucoup d’ARGENT, et puis pour vous ENRICHIR
ce
qui serait assez PHAME. Voilà les raisons qui me
font désirer d’être quelque chose. Ce sont toutes des raisons d’amour, des raisons
de
jalousie, des raisons de tendresse. Je te prie, mon cher petit bien aimé, si tu vois
jour à me faire avancer d’ici peu d’y employer tous tes moyens, tu me rendras un grand
service et tu me feras un grand bonheur tout à la fois.
Je t’aime tant mon
adoré, je serais si fière et si heureuse de m’élever par toi et de te soulager dans
la
charge que tu as prise sans calculer tes forces et tes ressources, que tu peux bien
me
pardonner ce mouvement d’ambition qui n’est que de l’amour.
Je te baise sur tes
lèvres fraîches et parfumées comme un bouquet.
Juliette
a « obstine ».
b « empêché ».
« 29 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 49-50], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.98, page consultée le 03 mai 2026.
29 janvier [1836], vendredi soir
Je vous ai à peine entrevu, mon cher bien aimé. Je ne sais pas ce que vous devenez,
mais il me paraît démontré que vous ne vous occupez que très peu ou pas du tout de
votre pauvre Juju. Elle, c’est bien différent ; elle, elle ne s’occupe que de vous,
ne
pense qu’à vous, ne parle que de vous. Car elle vous aime, cette pauvre Juju-là, plus
que vous n’avez été et ne serez jamais aimé, mon bon petit chéri. MmePierceau s’en est allée il y a un quart
d’heure, et quelques minutes après Lanvin
est parti à son tour. Je vous rends compte de toute ma journée à une mouche près.
Vous
avez paru étonné tantôt de ce que je n’avais pas lu mon journal ; cependant il n’y
a
rien de simple quand, comme moi, on a l’ouvrage d’une servante et la sienne propre à faire. Au reste, mon enfant, je suis sûre de
moi et je sais que tous tes soupçons quand il t’arrive d’en concevoir sont
parfaitement injustes.
Je vous aime mon Toto, voilà votre verrou le plus gros et
le plus fort.
Je vous aime, ce mot-là est une garantie pour le présent et pour
l’avenir. Je voudrais bien, mon cher petit homme, que vous veniez très tôt ce soir.
J’ai un tas d’amour arrêté sur mes lèvres et dans mon cœur, qui ne demande pas mieux
que de déborder sur votre bouche en torrents de caresses.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
